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Penser Lespace Dissertation

Abstract : Starting from the definition of any space as a perceptive continuum, and after having introduced the crucial notion of dimension, form is considered as what enables our perception of space, by setting a cut (boundary) in the space of displacements. Conceptual and material operations dealing with forms, operations which are common to mankind as a whole, but are most often performed by geographers and architects, lead to the fondamental concepts of geometry. Yet these concepts, which have effictively governed our conception of space and forfis for centuries, are unhelpful to handle some forms, especially many natural forms. Operations must be replaced by processes, the essential princip les of which are the notions of iteration and attractor. Generative processes yield new concepts, like self-similarity and fractal dimension, which elaborate without contradiction the classical geometrical concepts. Such pro cesses (IFS, L-systems, cellular automata), carriéd out in the digital space, show how simple and deterministic rules may lead to complex and sometimes unpredictable, though specific, forms. They offer new possibilities for analysis and for invention of forms in geography as well as in architecture, and contribute to teach a different way of looking upon space and forms.

Résumé : A partir de la définition de tout espace comme continu perceptif, et l'introduction de la notion cruciale de dimension, la forme est envisagée comme ce qui permet notre perception de l'espace, en tant qu'établissant une coupure (frontière) dans l'espace des déplacements. Les opérations conceptuelles et matérielles sur les formes, opérations communes à l'ensemble des humains mais pratiquées plus particulièrement par le géographe et l'architecte, mènent aux concepts fondamentaux de la géométrie. Cependant ces opérations et ces concepts, qui ont efficacement régi notre conception de l'espace et des formes pendant des siècles, se révèlent impuissants à traiter certaines formes, en particulier bon nombre de
formes naturelles. Des opérations il faut alors passer aux processus, dont les principes essentiels sont les notions d'itération et d'attracteur. Les processus génératifs de formes induisent de nouveaux concepts, comme l'auto-similarité, ou la dimension fractale, qui prolongent sans les contredire les concepts de la géométrie classique. De tels processus (IFS, L-systèmes, automates cellulaires), mis en oeuvre dans l'espace numérique, montrent comment des règles simples et déterministes peuvent mener à des formes complexes et parfois
imprédictibles, mais non quelconques. Ils offrent des potentialités nouvelles, tant dans l'analyse que dans l'invention des formes, en géographie comme en architecture, et contribuent à l'apprentissage d'un regard différent sur l'espace et les formes.

1 Les 3 et 4 juillet 2014, le Comité de recherche de l’AISLF « Sociologie urbaine. Villes, sociétés et action publique » organisait à Tours un colloque intitulé « Penser l’espace en sociologie ». Ce colloque visait à reprendre une question à l’origine de plusieurs courants forts de la sociologie urbaine française, mais quelque peu délaissée depuis, celle du rapport entre sociétés et espaces. Cette question a été au cœur de la pensée de grands sociologues français ou francophones (Henri Lefebvre, Raymond Ledrut, Jean Remy, Henri Raymond, notamment). Ces sociologues, fortement inspirés par leur culture philosophique, ont eu le mérite d’affirmer qu’une théorisation de l’espace devait être au centre de la sociologie urbaine et de la sociologie en général. Si eux-mêmes ne revendiquent pas toujours – ou pas complètement – leur appartenance à la sociologie urbaine, c’est sur ce domaine que l’impact de leurs interrogations a été le plus fort. Citons : Espace et théorie sociologique : problématique de recherche de Jean Remy (1975) ; L’Espace en question de Raymond Ledrut (1976) ; La Production de l’espace de Henri Lefebvre (1974) ; L'Architecture, les aventures spatiales de la raison de Henri Raymond (1984). Tous ces textes ont alimenté la confrontation permanente à la question de l’espace qui a marqué la sociologie urbaine. Mais celle-ci doit également repenser sans cesse l’espace en relation avec les autres disciplines qui accordent à cet enjeu la même prééminence. En cela, Jean Remy occupe une position singulière car il est le seul à confronter la sociologie à une pensée économique de l’espace (La ville phénomène économique, 1966), comme il fut le seul (avec Liliane Voyé et d’autres aux origines de Louvain-La-Neuve, puis en assumant des responsabilités opérationnelles au tournant du xxième siècle) à se soumettre à l’épreuve de l’action (Remy, 2015).

2Cette question nous est revenue par l’intermédiaire de chercheurs anglo-saxons, relecteurs d’Henri Lefebvre, en général géographes, notamment David Harvey (1973) et Edward Soja (1989). Leur accès direct à la langue anglaise et leur appartenance aux courants radicaux et néo-marxiste ont garanti le retentissement de leur retour aux questions de Lefebvre, qu’ils ont cependant tendance à vider partiellement de leur dimension la plus philosophique.

3À l’opposé, Martina Löw (auteure de Raumsoziologie, paru en 2007, traduction française : Sociologie de l’espace, 2015) propose une théorie sociologique de l’espace, en mobilisant à la fois des grands auteurs de la discipline (bien au-delà des spécialistes de l’urbain et y compris dans les études de genre), un important corpus de références philosophiques ou psychologiques et les questionnements de la physique. Elle ouvre la porte à de nouveaux thèmes et terrains de recherches.

4C’est pourquoi, à l’occasion de ce colloque nous avons voulu organiser un dialogue avec Martina Löw et Jean Remy, en donnant la parole à des chercheurs qui apportent une contribution très substantielle à la réflexion sociologique sur l’espace (même s’ils ne sont pas tous sociologues) : Jean-Noël Retière, Frédéric de Coninck (sociologues), Anne Raulin (anthropologue), Anne Dalsuet (philosophe). La question à laquelle ils étaient invités à répondre se formule ainsi : comment la sociologie se situe-t-elle dans le mouvement contemporain de transformation de la pensée sur l’espace ?

5Une autre partie du colloque était consacrée à la présentation de travaux sélectionnés après appel à communications. Elle a démontré que la question de l’espace apparaissait dans plusieurs champs de la sociologie : la sociologie urbaine et la sociologie des mobilités, bien sûr, mais la sociologie politique, la sociologie du travail, de la prison, des classes populaires, de la mémoire… Le présent Dossier a été construit à partir des communications sélectionnées pour cette journée.

6Ce colloque n'a pas prouvé en lui-même l’actualité de la question de l’espace en sociologie, puisqu’il rassemblait ceux qui sont persuadés de son importance, mais il permet de mieux la cerner. Provient-elle du « tournant spatial » amorcé, selon certains, dans les années 1970 ou d’un retour de la discipline vers ses fondamentaux ? En d’autres termes est-elle le résultat d’une sollicitation extérieure ou d’une dynamique interne ? La pensée de l’espace en sociologie est souvent considérée par les sociologues eux-mêmes comme marginale ou secondaire. En fait, elle est plus présente qu’il n’y paraît et beaucoup plus liée aux questions fondamentales de la discipline. La morphologie sociale d’un Maurice Halbwachs, la sociologie de l’art, celle de la culture ouvrière, celle de l’entreprise, etc. l’ont montré et (comme le soutien Martina Löw) l’utilisation du concept d’espace par Pierre Bourdieu ne relève peut-être pas seulement de la métaphore. Au-delà de l’alignement sur des préoccupations venues d’autres disciplines – ce qui existe – se développe bien une pensée sociologique de l’espace – comme du temps – qui se fonde dans l’interrogation de l’être ensemble et de sa projection dans la durée et le changement. Ce constat nous a guidés dans l’organisation de cette livraison de SociologieS.

7Celle-ci vise donc à donner un aperçu de la vitalité de la réflexion sur l’espace en sociologie 1. Cette réflexion est l’objet même des premiers articles, qui revendiquent une dimension épistémologique. Luca Pattaroni veut réconcilier au sein d’une « pragmatique de l’espace et du commun », ce qu’il considère comme les deux approches dominantes de l’espace en sociologie ; la première, expérientielle, réfléchit sur les liens entre l’espace et l’agir, la seconde, structurelle, saisit les liens entre l’espace et l’institution du commun. Stéphanie Vincent-Geslin, Vincent Kaufmann et Emmanuel Ravalet s’intéressent à un objet qui est au cœur des réflexions sociologiques actuelles sur l’espace : la mobilité. La question « que produit le rétrécissement de l’espace-temps ? » a donné lieu à de nombreux débats. Ces chercheurs l’abordent de façon originale à partir d’une étude sur les « grands mobiles » qui se déplacent pour raisons professionnelles sans déménager : les changements sociaux qu’induisent les mobilités réversibles sont-ils également réversibles ? Leurs résultats apportent des éléments pour repenser le rapport entre société et espace aujourd’hui. Pour Sophie Rouay-Lambert, la prise en compte de l’espace enrichit l’analyse biographique, plus précisément celle des parcours de vie des personnes sans domicile.

8Les deux articles suivants mettent en évidence l’intérêt de l’ancrage spatial de l’analyse sociologique. Au travers d’une approche essentiellement ethnographique qui fait volontiers référence à de grandes traditions sociologiques (les études de quartier, la sociologie halbwachsienne de la mémoire…), ces travaux montrent ce que l’on gagne à prendre la matérialité de l’espace dans l’analyse du social. Le collectif Rosa Bonheur s’attache à mettre en évidence la centralité de Roubaix ; l’espace y est le substrat d’une économie morale « populaire » marquée par le travail non salarié. Margot Delon s’intéresse aux anciens habitants des bidonvilles de Nanterre et de Champigny-sur-Marne ; la mémoire et son cadre matériel, imbriqués, font exister le groupe.

9Les trois derniers textes rappellent que l’espace est une contrainte et une ressource pour les interactions. D’abord parce qu’il conditionne la vision et la communication. Ce que rappelle opportunément Laurence Iselin au travers de son analyse des modes de spatialisation des publics dans les espaces de l'art. Comparé au musée, la prison semble induire un mode de spatialisation des pratiques infiniment plus radical. Mais Myriam Joël Lauf montre bien comment les conduites sexuelles en prison se jouent de ce cadre disciplinaire. Elle s’attache tout particulièrement aux lieux intermédiaires (ni privés, ni publics selon les critères propres à l’espace carcéral) comme analyseurs de la formation des normes. Héloïse Nez observe la manière dont les mouvements sociaux et les lieux de délibération s’exposent. Comme les deux autres auteures, elle fait ressortir l’importance de l’agencement des lieux, des emplacements, des dispostifs matériels... dont se servent les individus pour entrer en relation ou s’isoler les uns des autres, voir, être vus ou se cacher.

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